Brèves de traite – Juin 2021

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Des vaches laitières avec des pertes de lait post-tarissement ont 50 % de risque en plus de déclencher une infection intramammaire (augmentation de la concentration en cellules somatiques (CCS) ou mammite clinique) durant la période sèche et le premier mois de lactation par rapport à des vaches sans pertes de lait. Les quartiers avec pertes de lait ont 2 fois plus de ‘risques’ de développer une mammite clinique sur la même période en comparaison de quartiers sans pertes. C’est la conclusion d’une étude multicentrique réalisée sur 1.175 vaches laitières provenant de 41 élevages répartis dans 8 pays européens (dont la France). L’objectif était de cerner le rôle des pertes de lait en début de période sèche sur les risques de nouvelle infection de la mamelle. Les fuites de lait post-tarissement ont été observées sur 24,5 % des vaches (entre 20 et 52 heures après tarissement) avec une incidence de troupeau de 0 à 78 %. La réduction du nombre de traites dans les semaines précédant le tarissement a un effet significatif sur l’incidence des pertes de lait (moins de risques lors de passage à une monotraite). Celle-ci était également associée au niveau de production laitière 24 heures avant tarissement (risque multiplié par 2 voire 3 selon la quantité quand on dépasse 13 litres/jour). Enfin, l’incidence des pertes de lait était plus importante sur des vaches ayant des valeurs moyennes de CCS supérieures à 200.000 cellules/ml dans les 3 mois avant tarissement. (De Prado-Taranilla et al, Journal of Dairy Science, 2020, 103 (10) : 9224-9237).

Les infections asymptomatiques par Cryptosporidium chez les brebis et les agneaux sont une source de contamination environnementale par les génotypes zoonotiques de Cryptosporidium parvum. Les parasites protozoaires du genre Cryptosporidium peuvent provoquer une diarrhée sévère chez les agneaux nouveau-nés. Cependant, des infections asymptomatiques surviennent aussi fréquemment chez les agneaux et les brebis.Cette étude menée par une équipe de l’ENV de Toulouse a été conduite dans 5 élevages ovins laitiers des Pyrénées-Atlantiques en décembre 2017. Des échantillons fécaux individuels ont été collectés sur 79 agnelles (5 à 17 jours) et leurs mères (72 brebis). Les oocystes ont été mis en évidence par une coloration de Heine avant et après concentration par la technique de Bailenger. L’identification et le génotypage des espèces de Cryptosporidium ont été réalisés à l’aide de la PCR en temps réel et du séquençage du gène gp60. Aucun cas de cryptosporidiose clinique n’a été observé chez les 79 agneaux, avec une détection des ookystes seulement sur un agneau et une brebis. En revanche, de l’ADN de Cryptosporidium spp. a été détecté chez 17 brebis (prévalence allant de 10,5 % à 50 % selon les élevages) et chez 36 agneaux (prévalence variant de 0 % à 77,8 % selon les fermes). Cryptosporidium ubiquitum et C. xiaoi ont été détectés respectivement dans une et trois fermes. Les jeunes agneaux en bonne santé et leurs mères, autour de l’agnelage, pourraient être une source de contamination environnementale par les oocystes. (Bordes et al, Parasite, 2020, 27, 57).

Donner du colostrum frais contenant des cellules maternelles viables après la naissance est un facteur important pour une colonisation appropriée de l’intestin du veau avec des bactéries. Ce dernier phénomène semble se dérouler grâce au contrôle de la croissance d’un certain nombre de populations bactériennes permettant l’optimisation du microbiome en cours de développement chez le veau. L’objectif de cette étude originale, réalisée au Brésil avec le concours d’une équipe américaine, était de comprendre l’influence des cellules maternelles viables du colostrum (monocytes, macrophages, cellules épithéliales essentiellement) sur la colonisation intestinale par des bactéries indicatrices du développement du microbiome et avec des bactéries à potentiel pathogène. Vingt veaux laitiers ont été répartis en 2 groupes : l’un recevant du colostrum entier frais, l’autre se voyant distribuer du colostrum de mélange congelé sans cellules maternelles viables. Les veaux ont été suivis sur le plan de l’ingestion du colostrum, du statut inflammatoire, des diarrhées et des populations bactériennes intestinales (diagnostic par qPCR). Les veaux nourris avec le colostrum congelé ont présenté significativement plus de signes d’inflammation systémique, incluant fièvre, taux d’haptoglobine sérique en augmentation, fréquence accrue de traitement antibiotique par voie générale, mais aussi anémie de type ferriprive. Trois des bactéries indicatrices de la flore intestinale du veau, Clostridium perfringens, Escherichia coli et Lactobacillus spp., étaient également présentes dans les matières fécales en numération plus faible chez les veaux ayant reçu du colostrum frais. (Martin et al, Research in Veterinary Science, 2020, https://doi.org/10.1016/j.rvsc.2020.10.017).

Il existe une relation significative entre un fort taux de mortalité des veaux laitiers âgés de moins de 6 mois et une insuffisance de libre accès à l’eau.  C’est l’une des conclusions de cette vaste étude réalisée en Norvège. Son objectif était de chercher des relations entre la conduite d’élevage, le respect des réglementations nationales en termes de bien-être animal et le taux de mortalité des veaux laitiers au niveau du troupeau. A partir d’un audit diligenté sur le bien-être animal des veaux laitiers puis d’un questionnaire sur la conduite d’élevage et l’alimentation de ces jeunes animaux, les auteurs ont réalisé une analyse transversale sur une base de 432 troupeaux laitiers. Le taux de mortalité des veaux était significativement plus élevé dans les troupeaux avec absence d’un accès libre à l’eau (incidence x 1,29), dans ceux qui déclaraient des troubles sanitaires des veaux (incidence x 1,31). Sans influence directe sur la mortalité, il a été observé que plus de la moitié des éleveurs distribuaient, pour les veaux de 3 semaines d’âge, une quantité de lait en deçà des recommandations (qui sont de 8 litres/jour durant les 3 à 4 premières semaines de vie). Un fort taux de mortalité des veaux peut donc s’expliquer par des erreurs dans la conduite de l’élevage, mais aussi par des interventions vétérinaires trop tardives ou seulement sur les cas les plus graves. (Johnsen et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 18865).

Le risque d’avortement est 2,4 fois plus élevé chez des vaches laitières pour lesquelles un parage des pieds est réalisé dans les 4 dernières semaines de gestation.  Des scientifiques danois ont exploité une base de données nationale « bovins laitiers » entre 2012 et 2018, pour un total de 1,5 millions de gestations (près des trois quarts des vaches de la base étaient de race Holstein). Les auteurs ont réalisé une analyse des facteurs de risques significatifs des avortements faisant suite à une intervention de parage des pieds (sur la base du calcul des « Odds ratios »). Ainsi, le risque était significativement plus faible chez les vaches primipares, dans la race Jersiaise vis-à-vis des autres races. En revanche, le risque d’avortement était significativement plus élevé chez les vaches donnant naissance à des jumeaux. Il convient donc, selon les auteurs, d’être prudent lorsque l’on procède à un parage des pieds de vaches proches du vêlage et d’en mesurer le rapport bénéfice/risque. (Thomsen et al, Research in Veterinary Science, 2020, 133 : 1-3).

Les dommages tissulaires provoqués au niveau de la glande mammaire par les mammites subcliniques chez les vaches laitières peuvent être estimés grâce au dosage des biomarqueurs MDA (malondialdéhyde) et WBC (cellules de la lignée blanche sanguine). Ainsi, la peroxydation lipidique des acides gras insaturés au niveau cellulaire (conduisant à la formation notamment de MDA) devient un outil important pour l’évaluation de la mammite subclinique des vaches laitières. Des vétérinaires brésiliens avaient pour objectif d’évaluer certains paramètres de la réponse inflammatoire systémique et du statut oxydant/anti-oxydant, et leur relation avec la concentration en cellules somatiques (CCS) du lait chez la vache laitière. Une procédure expérimentale a impliqué 34 vaches en lactation au sein d’un élevage, avec une répartition entre vaches saines et vaches atteintes de mammite subclinique (sur la base du California Mastitis Test et des CCS). Ont été évalués un certain nombre de paramètres sanguins et constitutifs du lait. Au final, une corrélation significative a été démontrée entre les teneurs sanguines en MDA et WBC et le niveau de CCS du lait, ce qui n’a pas été le cas pour d’autres paramètres (taux de protéines totales, albumine et globuline dans le sang ; taux protéique et butyreux du lait). (Carvalho-Sambra et al, Veterinary and Animal Science, 2021,  https://doi.org/10.1016/j.vas.2021.100165).

Les mortalités associées à une infection à Mannheimia haemolytica ont augmenté significativement aux Pays-Bas entre 2004 et 2018, pour les vaches laitières (+ 50 % de cas sur la période analysée) et les veaux de boucherie (+ 70 % de cas). C’est la conclusion de scientifiques néerlandais qui ont analysé la base nationale de surveillance des maladies sur une période de 15 ans. Cette émergence de cas de mortalité due à M. haemolytica comme agent pathogène primaire (malgré la présence dans certains cas de virus et de mycoplasmes) s’est révélée significative sur la période analysée pour les vaches laitières (“Odds Ratio” de 1,5 ; forme clinique de pleuropneumonie aiguë) et les veaux de boucherie (“Odds Ratio” de 1,7 ; forme clinique de polysérosite). En revanche, aucune augmentation significative de ces cas de mortalité à M. haemolytica n’a été observée pour les veaux laitiers. En outre, un effet saisonnier a été constaté (fréquence plus importante d’octobre à juin) ainsi qu’une ‘préférence’ géographique (fréquence moins importante de cas dans l’Ouest des Pays-Bas). (Biesheuvel et al, The Veterinary Journal, 2021, 268 : 105576).

La survenue de mammites chez les vaches en première lactation est défavorable à leur productivité et la rentabilité de l’élevage, quel que soit le stade de lactation auquel se déclenche initialement l’infection intramammaire. Ne pas inclure les pertes consécutives à la réforme des vaches avant la fin de leur lactation, ainsi que celles résultant de tous les coûts associés à la mammite, conduit à une sous-estimation du coût réel de la maladie. Ce sont les conclusions d’une étude longitudinale rétrospective réalisée sous l’égide de la Faculté Vétérinaire de St Hyacinthe (Canada), intégrant des vaches primipares réparties dans 120 élevages entre 2003 et 2014. Des pertes importantes en production laitière cumulée (−382 à −989 kg), avec des rendements diminués en matières grasses et en protéines ont été observées chez les vaches à mammite, les pertes les plus élevées étant mises en évidence sur les périodes de transition (1-21 jours de lactation) et de fin de lactation (> 201 jours de lactation). La marge brute, qui intègre tous les coûts associés à la mammite (dont les frais vétérinaires et les coûts liés au lait écarté), était constamment dégradée chez les vaches atteintes de mammite, ceci à tous les stades de lactation, que ce soit sur les 100 premiers jours de lactation ou sur la lactation complète standard « 305 jours » (entre −386 et −779 $ US de diminution de cette marge par rapport aux vaches saines). (Puerto et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19584).

Chez la vache laitière, l’œdème de la mamelle non infectieux peut constituer un trouble sanitaire émergent dans certains élevages, avec des conséquences importantes en termes d’économie et de bien-être. Une revue bibliographique a été réalisée par des scientifiques américains (Université du Colorado) sur l’œdème de la mamelle de la vache laitière (essentiellement de la génisse), non infectieux, d’origine métabolique, qui peut conduire à des chutes de production laitière, à des mammites ou dermatites de la mamelle, à une réforme précoce des femelles, sans oublier l’impact négatif sur le bien-être :  sensibilité forte des tétines, douleur lors de la traite notamment. Les facteurs associés à cette pathologie sont de plusieurs ordres : génétique, nutritionnel, physiologique en rapport avec les phénomènes de stress oxydatif. Il conviendrait de disposer d’une grille d’évaluation ou de notation, évaluée scientifiquement, de la sévérité de l’œdème mammaire. Quelques solutions de maitrise de cette affection sont évoquées : (1) distribuer une alimentation séparée aux génisses en fin de gestation en limitant l’apport en sels anioniques ; (2) sélectionner des lignées génétiques ayant une plus faible production laitière ou un phénotype en lien avec une réduction de l’œdème de la mamelle ; (3) s’assurer d’un apport nutritionnel satisfaisant en antioxydants, tels que la vitamine E, la vitamine C, les caroténoïdes et les flavonoïdes, ceci afin d’atténuer le stress oxydatif.(Okkema et Grandin, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19353).

GP-FR-NON-210600020

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