Relation entre variations de résilience et performances de troupeau laitier


Les vaches laitières doivent composer avec un ensemble de perturbations en relation avec l’environnement, comme les agents pathogènes ou les variations climatiques. Elles sont dites « résilientes » quand elles sont peu affectées par de tels facteurs de stress et que, si elles le sont, elles récupèrent rapidement. La conduite d’élevage peut affecter la résilience des vaches, car elle est susceptible d’affecter la résistance, la tolérance ou la capacité à récupérer d’une infection par exemple. Récemment, 2 critères scientifiques ont été développés pour caractériser la résilience des vaches au niveau individuel :

  1. La variance (LnVar) qui représente la variabilité de la production laitière en relation avec des perturbations extérieures.
  2. L’autocorrélation (rauto) qui indique le taux de retour à la normale de la production laitière suite à ces perturbations environnementales.

L’objectif de cette étude, menée par une équipe de l’Université de Wageningen (Pays-Bas), était double :

  1. Investiguer les différences de résilience de troupeau entre différents élevages, sur la base des 2 critères précités à une échelle individuelle (vache).
  2. Expliquer les différences dans cette résilience entre troupeaux par des indicateurs de taille et de conduite d’élevage.

De faibles valeurs de la variance et de l’autocorrélation indiquent qu’une vache a une production laitière peu fluctuante autour de la valeur attendue, et qu’elle est soit peu sujette, soit peu affectée par les perturbations de l’environnement.

La base de données utilisée par les auteurs a concerné 2.644 élevages, pour un total de 227.655 vaches laitières primipares. Les élevages ont été analysés sur plusieurs années, d’où un classement « troupeau-année » pour prendre en compte notamment les variations de conduite d’une année sur l’autre.

Les résultats suivants ont été observés :

  • Il existe de grandes différences entre troupeaux sur les 2 critères de résilience (LnVar et rauto), ce qui traduit les variations de conduite des troupeaux.
  • Il existe une corrélation négative significative entre ces 2 critères : quand la variance est élevée (forte variation de production laitière par rapport à celle attendue), l’autocorrélation est faible (faible retour à une production laitière normale).
  • Les troupeaux avec une forte variance ont une plus forte proportion de vaches avec acidose ruminale, une concentration plus élevée du lait en cellules somatiques, un plus long intervalle entre vêlages (IVV), un nombre plus élevé d’animaux, un plus faible taux de survie en seconde lactation, un fort niveau de production laitière, de faibles teneurs du lait en matières grasses et lactose.
  • Les troupeaux avec une forte autocorrélation ont tendance à avoir une plus forte proportion de vaches avec cétose, un niveau élevé de production laitière, une concentration plus faible en cellules somatiques du lait, ainsi qu’un faible pourcentage de vaches avec acidose ruminale.

Ces corrélations indiquent qu’une valeur élevée du critère « autocorrélation » à l’échelle d’un troupeau indique soit une bonne, soit une mauvaise résilience : ce n’est donc pas un bon indicateur de la résilience, a priori moins intéressant que le paramètre « variance ». Cependant, pour les troupeaux à variance élevée, une valeur haute d’autocorrélation peut indiquer un retour à une production laitière normale.


En conclusion, cette étude souligne que le critère caractérisant le niveau de fluctuation de la production laitière autour d’une courbe théorique de lactation permet d’objectiver la résilience des vaches laitières au sein d’un troupeau. Les différences entre troupeaux sur ce critère s’expliquent d’abord par la conduite des élevages.

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Le coût des métrites en élevage laitier


Mamelle vache laitiere de dos

Les métrites constituent l’un des troubles sanitaires ayant la plus forte incidence durant la période péripartum et post-partum chez la vache laitière. D’après la bibliographie, l’incidence des métrites en élevage laitier est en moyenne de 20 %, avec une échelle allant de 8 à 50 % selon les élevages. Les variations autour de la définition des métrites, en fonction des élevages et des études, sont responsables de grandes différences d’incidence des métrites et sont susceptibles de sous-estimer l’impact réel de cette affection dans les élevages laitiers.

L’objectif de cette publication, fruit de la coopération entre plusieurs équipes universitaires américaines, était d’estimer le coût économique des métrites à partir de données collectées dans 16 élevages situés dans 4 différentes régions des USA entre novembre 2012 et octobre 2014. La base de données incluait 11.733 vaches laitières Holstein (dont 4.102 primipares) suivies entre le vêlage et le stade 305 jours de lactation. Des visites étaient prévues chaque semaine pour diagnostiquer les métrites : une notation des écoulements vaginaux était effectuée sur une échelle de 1 à 5 à l’aide de l’outil Metricheck, ceci en moyenne à 7 jours post-partum. Les critères suivants étaient évalués : production laitière à 305 jours, vente du lait, vente de vaches, coût de traitement des métrites, coût de renouvellement, coût de reproduction, coût alimentaire, marge brute par vache. Le coût des métrites était calculé par la différence entre marge brute par vache saine et marge brute par vache infectée.

Les résultats suivants ont été observés :

  • La proportion de vaches avec métrite dans la population globale s’est élevée à 25,3 %.
  • Les vaches à métrite ont produit moins de lait à 305 jours que les vaches saines (9.463 versus 10.277 kg).
  • La proportion de vaches gestantes à 305 jours a été significativement plus faible pour les vaches infectées (69,2 versus 79,2 %), avec une plus forte proportion de réformes. Le coût de renouvellement a été également plus élevé chez les vaches à métrite.
  • Le coût de traitement de la métrite s’est élevé en moyenne à 118 $.
  • Au final, le coût estimé de la métrite a représenté en moyenne 511 $, avec une valeur médiane de 398 $.
  • Les ventes de lait, le coût de traitement, le coût de renouvellement et le coût alimentaire ont expliqué respectivement 59%, 19%, 12% et 7% de la variation du revenu par vache.

En conclusion, cette étude américaine, qui a compilé des données sur près de 12.000 vaches laitières Holstein, a montré une incidence de 25 % de métrites et a estimé le coût moyen d’une métrite à 511 $. Cette perte économique importante s’explique notamment par une baisse de production laitière, une diminution de la fertilité et une augmentation du taux de réforme, sur la base d’une lactation standardisée à 305 jours. Le prix du lait est le facteur de variation principal du revenu expliquant la différence de revenu par vache laitière entre femelle infectée et femelle saine.

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L’augmentation du prix du lait s’est fait attendre en France


Malgré une demande mondiale forte pour les produits laitiers, se traduisant par les cours élevés des ingrédients (poudre de lait, beurre et lactosérum), le prix payé à l’éleveur s’est maintenu à un niveau bas, 344€ les 1000 litres en mars 2021, signes de qualité inclus (soit -5€ vs février 2021, et un niveau identique à mars 2020 au moment du début de la crise de la COVID). Selon les dernières enquêtes mensuelles pour avril et mai 2021, le prix payé au producteur n’a pas diminué, comme il est habituellement observé au moment de la mise à l’herbe ; il présente même un léger rebond. De ce fait, le prix du lait repasse au-dessus de son niveau des années 2019 et 2020 sur la même période.

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La production française de lait de vache repart à la hausse depuis avril 2021


Le prix bas payé à l’éleveur a expliqué pour une part le recul net des volumes produits sur le début d’année en France : 250.000 litres en moins sur Q1.2021, soit -2.6% par rapport au même trimestre 2020. La collecte s’est redressée à partir d’avril 2021, avec une augmentation de 0,7% en avril 2021 et environ 2% en mai 2021, selon les enquêtes mensuelles réalisées par FranceAgriMer.

Ces évolutions récentes favorables doivent cependant être relativisées du fait des productions réduites en avril et mai 2020 consécutivement aux incitations à la modération formulées par le CNIEL (pour maintenir le prix du lait au début de la crise de la COVID).

A l’instar de la France, la collecte a légèrement rebondi en Allemagne. Elle poursuit sa forte augmentation en Irlande, associée à un prix élevé : 368€ / 1000 litres en mai, soit 62€ de plus qu’en mai 2020 ! A l’opposé aux Pays-Bas, les volumes poursuivent leur baisse malgré un prix de 375€/1000 litres offert par la laiterie Friesland Campina. Un prix analogue est pratiqué au Danemark, avec une production stable.

Finalement, la collecte dans l’Union Européenne à 27 pays a augmenté de 1.2% en avril 2021. Le rétablissement progressif des volumes produits en Europe, associé au dynamisme de la collecte en Nouvelle-Zélande et aux Etats-Unis, est plus à même de répondre à la demande internationale, toujours ferme depuis le début d’année.

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Les cours des ingrédients laitiers au plus haut fin mai 2021


Le cours du beurre européen a continué sa hausse de début d’année sur avril 2021 avant de se stabiliser à un niveau haut en mai 2021, à 4120€ la tonne en fin de mois. Les achats de beurre des ménages sont au beau fixe mais les fabrications sont ralenties.

Le prix de la poudre de lait (PDL) écrémée continue sa progression en Europe, désormais à 2580€ la tonne fin mai 2021. La PDL européenne est moins chère qu’en Océanie ; la demande chinoise est forte alors que les disponibilités sont peu importantes. Les fabricants européens puisent dans leurs stocks pour faire face à la demande.

Les cours valorisaient le duo beurre / PDL à 351€ les 1000 litres en avril 2021, soit une valeur supérieure au prix payé à l’éleveur. Mais les industriels orientent peu les productions vers la fabrication de ces ingrédients actuellement.

Le cours du lactosérum est à la hausse également, tiré par la demande chinoise pour l’alimentation porcine, à 1020€ la tonne fin mai 2021, soit +29% sur 5 mois (et +40% sur 1 an). Les importations chinoises de lactosérum ont augmenté de 60% depuis le début de l’année.

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Brèves de traite – Juin 2021


 

Des vaches laitières avec des pertes de lait post-tarissement ont 50 % de risque en plus de déclencher une infection intramammaire (augmentation de la concentration en cellules somatiques (CCS) ou mammite clinique) durant la période sèche et le premier mois de lactation par rapport à des vaches sans pertes de lait. Les quartiers avec pertes de lait ont 2 fois plus de ‘risques’ de développer une mammite clinique sur la même période en comparaison de quartiers sans pertes. C’est la conclusion d’une étude multicentrique réalisée sur 1.175 vaches laitières provenant de 41 élevages répartis dans 8 pays européens (dont la France). L’objectif était de cerner le rôle des pertes de lait en début de période sèche sur les risques de nouvelle infection de la mamelle. Les fuites de lait post-tarissement ont été observées sur 24,5 % des vaches (entre 20 et 52 heures après tarissement) avec une incidence de troupeau de 0 à 78 %. La réduction du nombre de traites dans les semaines précédant le tarissement a un effet significatif sur l’incidence des pertes de lait (moins de risques lors de passage à une monotraite). Celle-ci était également associée au niveau de production laitière 24 heures avant tarissement (risque multiplié par 2 voire 3 selon la quantité quand on dépasse 13 litres/jour). Enfin, l’incidence des pertes de lait était plus importante sur des vaches ayant des valeurs moyennes de CCS supérieures à 200.000 cellules/ml dans les 3 mois avant tarissement. (De Prado-Taranilla et al, Journal of Dairy Science, 2020, 103 (10) : 9224-9237).

Les infections asymptomatiques par Cryptosporidium chez les brebis et les agneaux sont une source de contamination environnementale par les génotypes zoonotiques de Cryptosporidium parvum. Les parasites protozoaires du genre Cryptosporidium peuvent provoquer une diarrhée sévère chez les agneaux nouveau-nés. Cependant, des infections asymptomatiques surviennent aussi fréquemment chez les agneaux et les brebis.Cette étude menée par une équipe de l’ENV de Toulouse a été conduite dans 5 élevages ovins laitiers des Pyrénées-Atlantiques en décembre 2017. Des échantillons fécaux individuels ont été collectés sur 79 agnelles (5 à 17 jours) et leurs mères (72 brebis). Les oocystes ont été mis en évidence par une coloration de Heine avant et après concentration par la technique de Bailenger. L’identification et le génotypage des espèces de Cryptosporidium ont été réalisés à l’aide de la PCR en temps réel et du séquençage du gène gp60. Aucun cas de cryptosporidiose clinique n’a été observé chez les 79 agneaux, avec une détection des ookystes seulement sur un agneau et une brebis. En revanche, de l’ADN de Cryptosporidium spp. a été détecté chez 17 brebis (prévalence allant de 10,5 % à 50 % selon les élevages) et chez 36 agneaux (prévalence variant de 0 % à 77,8 % selon les fermes). Cryptosporidium ubiquitum et C. xiaoi ont été détectés respectivement dans une et trois fermes. Les jeunes agneaux en bonne santé et leurs mères, autour de l’agnelage, pourraient être une source de contamination environnementale par les oocystes. (Bordes et al, Parasite, 2020, 27, 57).

Donner du colostrum frais contenant des cellules maternelles viables après la naissance est un facteur important pour une colonisation appropriée de l’intestin du veau avec des bactéries. Ce dernier phénomène semble se dérouler grâce au contrôle de la croissance d’un certain nombre de populations bactériennes permettant l’optimisation du microbiome en cours de développement chez le veau. L’objectif de cette étude originale, réalisée au Brésil avec le concours d’une équipe américaine, était de comprendre l’influence des cellules maternelles viables du colostrum (monocytes, macrophages, cellules épithéliales essentiellement) sur la colonisation intestinale par des bactéries indicatrices du développement du microbiome et avec des bactéries à potentiel pathogène. Vingt veaux laitiers ont été répartis en 2 groupes : l’un recevant du colostrum entier frais, l’autre se voyant distribuer du colostrum de mélange congelé sans cellules maternelles viables. Les veaux ont été suivis sur le plan de l’ingestion du colostrum, du statut inflammatoire, des diarrhées et des populations bactériennes intestinales (diagnostic par qPCR). Les veaux nourris avec le colostrum congelé ont présenté significativement plus de signes d’inflammation systémique, incluant fièvre, taux d’haptoglobine sérique en augmentation, fréquence accrue de traitement antibiotique par voie générale, mais aussi anémie de type ferriprive. Trois des bactéries indicatrices de la flore intestinale du veau, Clostridium perfringens, Escherichia coli et Lactobacillus spp., étaient également présentes dans les matières fécales en numération plus faible chez les veaux ayant reçu du colostrum frais. (Martin et al, Research in Veterinary Science, 2020, https://doi.org/10.1016/j.rvsc.2020.10.017).

Il existe une relation significative entre un fort taux de mortalité des veaux laitiers âgés de moins de 6 mois et une insuffisance de libre accès à l’eau.  C’est l’une des conclusions de cette vaste étude réalisée en Norvège. Son objectif était de chercher des relations entre la conduite d’élevage, le respect des réglementations nationales en termes de bien-être animal et le taux de mortalité des veaux laitiers au niveau du troupeau. A partir d’un audit diligenté sur le bien-être animal des veaux laitiers puis d’un questionnaire sur la conduite d’élevage et l’alimentation de ces jeunes animaux, les auteurs ont réalisé une analyse transversale sur une base de 432 troupeaux laitiers. Le taux de mortalité des veaux était significativement plus élevé dans les troupeaux avec absence d’un accès libre à l’eau (incidence x 1,29), dans ceux qui déclaraient des troubles sanitaires des veaux (incidence x 1,31). Sans influence directe sur la mortalité, il a été observé que plus de la moitié des éleveurs distribuaient, pour les veaux de 3 semaines d’âge, une quantité de lait en deçà des recommandations (qui sont de 8 litres/jour durant les 3 à 4 premières semaines de vie). Un fort taux de mortalité des veaux peut donc s’expliquer par des erreurs dans la conduite de l’élevage, mais aussi par des interventions vétérinaires trop tardives ou seulement sur les cas les plus graves. (Johnsen et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 18865).

Le risque d’avortement est 2,4 fois plus élevé chez des vaches laitières pour lesquelles un parage des pieds est réalisé dans les 4 dernières semaines de gestation.  Des scientifiques danois ont exploité une base de données nationale « bovins laitiers » entre 2012 et 2018, pour un total de 1,5 millions de gestations (près des trois quarts des vaches de la base étaient de race Holstein). Les auteurs ont réalisé une analyse des facteurs de risques significatifs des avortements faisant suite à une intervention de parage des pieds (sur la base du calcul des « Odds ratios »). Ainsi, le risque était significativement plus faible chez les vaches primipares, dans la race Jersiaise vis-à-vis des autres races. En revanche, le risque d’avortement était significativement plus élevé chez les vaches donnant naissance à des jumeaux. Il convient donc, selon les auteurs, d’être prudent lorsque l’on procède à un parage des pieds de vaches proches du vêlage et d’en mesurer le rapport bénéfice/risque. (Thomsen et al, Research in Veterinary Science, 2020, 133 : 1-3).

Les dommages tissulaires provoqués au niveau de la glande mammaire par les mammites subcliniques chez les vaches laitières peuvent être estimés grâce au dosage des biomarqueurs MDA (malondialdéhyde) et WBC (cellules de la lignée blanche sanguine). Ainsi, la peroxydation lipidique des acides gras insaturés au niveau cellulaire (conduisant à la formation notamment de MDA) devient un outil important pour l’évaluation de la mammite subclinique des vaches laitières. Des vétérinaires brésiliens avaient pour objectif d’évaluer certains paramètres de la réponse inflammatoire systémique et du statut oxydant/anti-oxydant, et leur relation avec la concentration en cellules somatiques (CCS) du lait chez la vache laitière. Une procédure expérimentale a impliqué 34 vaches en lactation au sein d’un élevage, avec une répartition entre vaches saines et vaches atteintes de mammite subclinique (sur la base du California Mastitis Test et des CCS). Ont été évalués un certain nombre de paramètres sanguins et constitutifs du lait. Au final, une corrélation significative a été démontrée entre les teneurs sanguines en MDA et WBC et le niveau de CCS du lait, ce qui n’a pas été le cas pour d’autres paramètres (taux de protéines totales, albumine et globuline dans le sang ; taux protéique et butyreux du lait). (Carvalho-Sambra et al, Veterinary and Animal Science, 2021,  https://doi.org/10.1016/j.vas.2021.100165).

Les mortalités associées à une infection à Mannheimia haemolytica ont augmenté significativement aux Pays-Bas entre 2004 et 2018, pour les vaches laitières (+ 50 % de cas sur la période analysée) et les veaux de boucherie (+ 70 % de cas). C’est la conclusion de scientifiques néerlandais qui ont analysé la base nationale de surveillance des maladies sur une période de 15 ans. Cette émergence de cas de mortalité due à M. haemolytica comme agent pathogène primaire (malgré la présence dans certains cas de virus et de mycoplasmes) s’est révélée significative sur la période analysée pour les vaches laitières (“Odds Ratio” de 1,5 ; forme clinique de pleuropneumonie aiguë) et les veaux de boucherie (“Odds Ratio” de 1,7 ; forme clinique de polysérosite). En revanche, aucune augmentation significative de ces cas de mortalité à M. haemolytica n’a été observée pour les veaux laitiers. En outre, un effet saisonnier a été constaté (fréquence plus importante d’octobre à juin) ainsi qu’une ‘préférence’ géographique (fréquence moins importante de cas dans l’Ouest des Pays-Bas). (Biesheuvel et al, The Veterinary Journal, 2021, 268 : 105576).

La survenue de mammites chez les vaches en première lactation est défavorable à leur productivité et la rentabilité de l’élevage, quel que soit le stade de lactation auquel se déclenche initialement l’infection intramammaire. Ne pas inclure les pertes consécutives à la réforme des vaches avant la fin de leur lactation, ainsi que celles résultant de tous les coûts associés à la mammite, conduit à une sous-estimation du coût réel de la maladie. Ce sont les conclusions d’une étude longitudinale rétrospective réalisée sous l’égide de la Faculté Vétérinaire de St Hyacinthe (Canada), intégrant des vaches primipares réparties dans 120 élevages entre 2003 et 2014. Des pertes importantes en production laitière cumulée (−382 à −989 kg), avec des rendements diminués en matières grasses et en protéines ont été observées chez les vaches à mammite, les pertes les plus élevées étant mises en évidence sur les périodes de transition (1-21 jours de lactation) et de fin de lactation (> 201 jours de lactation). La marge brute, qui intègre tous les coûts associés à la mammite (dont les frais vétérinaires et les coûts liés au lait écarté), était constamment dégradée chez les vaches atteintes de mammite, ceci à tous les stades de lactation, que ce soit sur les 100 premiers jours de lactation ou sur la lactation complète standard « 305 jours » (entre −386 et −779 $ US de diminution de cette marge par rapport aux vaches saines). (Puerto et al, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19584).

Chez la vache laitière, l’œdème de la mamelle non infectieux peut constituer un trouble sanitaire émergent dans certains élevages, avec des conséquences importantes en termes d’économie et de bien-être. Une revue bibliographique a été réalisée par des scientifiques américains (Université du Colorado) sur l’œdème de la mamelle de la vache laitière (essentiellement de la génisse), non infectieux, d’origine métabolique, qui peut conduire à des chutes de production laitière, à des mammites ou dermatites de la mamelle, à une réforme précoce des femelles, sans oublier l’impact négatif sur le bien-être :  sensibilité forte des tétines, douleur lors de la traite notamment. Les facteurs associés à cette pathologie sont de plusieurs ordres : génétique, nutritionnel, physiologique en rapport avec les phénomènes de stress oxydatif. Il conviendrait de disposer d’une grille d’évaluation ou de notation, évaluée scientifiquement, de la sévérité de l’œdème mammaire. Quelques solutions de maitrise de cette affection sont évoquées : (1) distribuer une alimentation séparée aux génisses en fin de gestation en limitant l’apport en sels anioniques ; (2) sélectionner des lignées génétiques ayant une plus faible production laitière ou un phénotype en lien avec une réduction de l’œdème de la mamelle ; (3) s’assurer d’un apport nutritionnel satisfaisant en antioxydants, tels que la vitamine E, la vitamine C, les caroténoïdes et les flavonoïdes, ceci afin d’atténuer le stress oxydatif.(Okkema et Grandin, Journal of Dairy Science, 2020, 104 : 19353).

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Traitement au tarissement et santé de la mamelle en début de lactation : associations et facteurs de risque


Le traitement antibiotique au tarissement (DCT = « Dry Cow Therapy ») réduit efficacement la prévalence des infections bactériennes intramammaires (IMI) chez les vaches laitières. La sensibilité des vaches à l’infection mammaire, en particulier pendant la période sèche, et l’impact économique des mammites renforcent l’importance de la DCT. La thérapeutique antibiotique au tarissement est envisagée soit comme traitement systématique de tous les quartiers de toutes les vaches, soit comme traitement sélectif des vaches ou quartiers infectés uniquement. L’utilisation d’obturateurs de trayons, seuls ou en association avec la DCT, est une mesure préventive supplémentaire contre les infections intramammaires. Même si le traitement sélectif est une approche plus raisonnée, notamment en regard de la lutte contre l’antibiorésistance, le choix des animaux à traiter au sein du troupeau, au moment du tarissement, constitue une problématique d’élevage.

L’objectif de cette publication, menée par des scientifiques finlandais (Université d’Helsinki), est d’évaluer si une approche de traitement sélectif au tarissement à l’échelle du troupeau est associée à des troubles de la santé mammaire en début de lactation. La source d’information a été la base de données DHI (« Dairy Herd Improvement »), entre 2015 et 2017, incluant 241 élevages laitiers pour un total de 7 461 vaches multipares. Un questionnaire a été envoyé aux éleveurs et 3 stratégies au tarissement ont été étudiées et comparées : traitement systématique, traitement sélectif, pas de traitement. La santé mammaire de début de lactation a été statistiquement appréhendée selon 3 modèles : risque d’une concentration en cellules somatiques (SCC) supérieure à 200.000 cellules/ml entre 5 et 45 jours de lactation ; risque de traiter une mammite dans les 45 premiers jours de lactation ; valeur moyenne de CCS entre 5 et 120 jours de lactation.

Les conclusions de l’analyse sont les suivantes :

  • La stratégie majoritaire au tarissement était l’approche sélective « à la vache » utilisée dans 80 % des élevages et chez 74 % des vaches de la base de données ; 75 % des élevages utilisant cette approche traitaient jusqu’à 25 % de leurs vaches en période sèche avec des antibiotiques.
  • Les vaches susceptibles d’avoir une CCS élevée après vêlage étaient les vaches les plus âgées, les femelles avec une CCS moyenne élevée durant la lactation précédente, les vaches avec un niveau de production élevé au tarissement.
  • Un traitement de mammite en lactation avait plus de chance de se produire en cas de niveau élevé de CCS et de pic de production élevé au cours de la précédente lactation, mais également de quantité élevée de lait produit au moment du tarissement.
  • Entre les 2 stratégies de traitement, l’approche systématique a entrainé un risque moins important de CCS élevé après vêlage par rapport à la pratique sélective (et des valeurs inférieures de CCS en moyenne). Par contre, aucune différence entre les 2 stratégies n’était démontrée sur le risque de traitement d’une mammite en début de lactation.

En conclusion, la présente étude valide l’intérêt de la stratégie de traitement antibiotique au tarissement, en préférant l’approche sélective en raison de la problématique de l’antibiorésistance. Les vaches fortes productrices et à niveau élevé de CCS durant la précédente lactation, avec une production trop importante au moment du tarissement, doivent être surveillées, car à risque plus élevé d’infection intramammaire lors de la lactation suivante.

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